Exercice de fact-checking à propos de la polémique du Flyboard Air de Franky Zapata

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Vous n’avez pas pu louper ce buzz ces derniers jours. Tous les médias et les réseaux sociaux ont été la caisse de résonance de cette histoire.

Franky Zapata est un champion de jetski français qui a inventé le flyboard, planche volante propulsée par des jets d’eau fournis par la turbine d’un jetski raccordée par un tuyau. Des dizaines de milliers d’exemplaires sont vendus dans le monde, c’est un véritable succès. Et Franky Zapata a décidé, il y a 2 ans, de créer un Flyboard totalement autonome, la version Air, équipée de petits turbo réacteurs qui propulsent la planche et son pilote grâce à des tuyères. Depuis une bonne année, la machine est opérationnelle et testée dans les environs de Martigues (13), souvent sur le canal qui relie l’étang de Berre à la Méditerranée. Voilà pour la mise en place du décors.

La semaine dernière, suite à une plainte de riverains, le parquet a demandé à la DSAC (Direction de la Sécurité de l’Aviation Civile) de regarder ce dossier. Après avoir constaté que ces vols étaient effectués en contradiction avec la règlementation aérienne, la DSAC a décidé d’envoyer la GTA (Gendarmerie du Transport Aérien) interpeller Franky Zapata. La suite de l’histoire vous la connaissez plus ou moins avec les médias et réseaux sociaux. Mais, qui dit vrai dans cette histoire, c’est ce que nous allons vous aider à comprendre en analysant certaines affirmations lancées par l’inventeur ou ses défenseurs.

Affirmation 1 : “Le Flyboard Air n’était pas considéré comme un aéronef par les autorité aérienne et n’était donc pas règlementé”

FAUX : La définition du terme aéronef pour les autorités aériennes est la suivante : “Sont qualifiés aéronefs, tous les appareils capables de s’élever ou de circuler dans les airs“. C’est clair net et précis et ça ne laisse aucun doute. Depuis son premier décollage, le Flyboard Air est un aéronef. De plus il est motorisé et habité, ce qui permet de le classifier plus précisément.

Affirmation 2 : “En m’empêchant de voler, l’aviation civile bride la créativité française”

FAUX : Il existe une classe dans laquelle le Flyboard Air entre totalement, c’est celle des aéronefs destinés à l’expérimentation. Pour cela, il aurait encore fallu que les autorités soient consultées dès la création du projet, au moment de l’ingénierie initiale, et qu’un dossier de demande d’autorisation de vols expérimentaux soit déposée. Dans ce cas, un aéronef a été fabriqué et testé à de multiples reprises sans que la moindre relation n’ait été établie par la société auprès des autorités compétentes. On est plus au début du XXe siècle et à l’époque du far-west aérien. Aujourd’hui, le ciel est encombré de dizaines de milliers d’objets volants à tout instant, et il impératif de suivre un minimum les règles pour éviter de mettre en danger aussi bien ceux qui volent (qu’ils bossent ou voyagent) que ceux qui sont en dessous et qui ne veulent pas prendre un truc volant expérimental sur la tête. Et ces procédures permettant les vols expérimentaux fonctionnent très bien et ne brident en aucun cas la créativité dans  notre pays.

Affirmation 3 : “Pas besoin de licence de pilote”

FAUX : tout pilote d’aéronef habité doit être titulaire d’un titre aéronautique, y compris dans le cadre de vols expérimentaux.

Affirmation 4 : “En survolant le canal de Martigues, je ne survole pas de zone habitée”

FAUX : Déjà ce n’est pas de “zone habitée” dont il s’agit, mais de zone peuplée, qui est une définition aéronautique. Pour savoir si on évolue au dessus d’une zone peuplée, c’est très facile, on utilise une carte aéronautique OACI qui va montrer ces zones en couleur jaune ou orange selon le nombre d’habitants. Mais pour ça, il faut savoir lire une carte … et donc avoir été formé à l’obtention d’un titre. Ce qui amène à l’affirmation suivante.

Affirmation 5 : “Je suis loin de l’aéroport de Marignane, je ne gène pas les avions”

VRAI ET FAUX : si on ne prend en compte que la distance, le canal de Martigues est en effet loin de la piste de l’aéroport de Marignane et de la piste militaire d’Istres. Mais, là encore, lorsque l’on sait lire une carte aéronautique, on s’aperçoit que les zones de contrôle aérien (CTR) d’Istres et Provence sont juxtaposées au niveau du pont levant de Martigues environ. A l’Ouest on est dans la CTR Provence et à l’Est on est dans celle d’Istres. Il se trouve que sans accord avec le SNA (Service de la Navigation Aérienne) ou sans radio à bord permettant de demander l’autorisation de pénétrer dans ces CTR auprès des tours de contrôle, il est absolument interdit d’y voler.

Affirmation 6 : “Je vole à basse altitude, il n’y a pas de dangers”

FAUX : Une des expressions que les instructeurs aiment utiliser au début d’une formation est “Tout ce qui vole retombe à un moment ou un autre, plus ou moins violemment“. Bref, voler est dangereux, pour ceux volent et ceux qui sont dessous. C’est pour ça qu’une règlementation et des certifications strictes sont nécessaires. Tout ensemble de motorisation asservie électroniquement est susceptible de tomber en panne. Une panne peut consister à l’arrêt des moteurs (dangereux pour le pilote et ceux qui sont à proximité en dessous) ou un emballement de la machine devenant incontrôlable. Et là, avec une vitesse de pointe à 150 km/h, on met vite en danger un autre aéronef, des gens buvant un café à une terrasse ou … un hôpital par exemple ! La certification aérienne impose le plus souvent des systèmes redondants pour éviter ce genre de situation, c’est pour ça qu’elle est obligatoire, entre autre.

 

Le Flyboard Air est une invention géniale et Franky Zapata un inventeur génial. Mais ça ne suffit pas surtout lorsque l’on se situe dans un domaine très règlementé. Si demain j’invente un fusil révolutionnaire qui permet de tirer dans les coins à angle droit, c’est pas pour autant que je pourrais le tester à proximité immédiate de badauds et de gosses.

On le voit, la communication est désastreuse. Il a pêché par excès de confiance et n’a pas jugé utile, dès les premiers essais (son dépôt de dossier date de décembre 2016) de rentrer en contact avec les autorités aériennes. Il ne peut s’en prendre qu’à lui même, c’est de l’amateurisme et de la négligence. Il est aujourd’hui enfermé dans une communication faite d’affirmations fausses qui a pour but de mettre la pression populaire sur les autorités. Ca ne marche pas comme ça. La DGAC est une administration puissante en France et elle ne se laissera pas marcher sur les pieds par un inventeur, fut-il génial. Et avec ces casseroles qui traînent, penser qu’il sera accueilli à bras ouverts par un autre pays, dans lequel les règles sont identiques (ces règles sont internationales afin que les pilotes puissent s’y retrouver), par une administration qui va voir comment il a agit en France … c’est se foutre le doigt dans l’oeil !

Un autre article ici : https://www.portail-aviation.com/2017/03/mise-au-point-sur-le-cas-flyboard-air.html
Des morceaux d’une interview d’un responsable de la DGAC : https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/transports/mi-jetpack-mi-hoverboard-le-flyboard-air-est-cloue-au-sol-parce-que-coupable-de-3-infractions_111284

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